Union Syndicale des Rouisseurs-Teilleurs de Lin de France - Industrie Française du Lin

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Le Lin textile en 10 étapes

La culture du lin est délicate car très rapide (environ quatre mois).
Cette courte période végétative rend difficile tout rattrapage en cas d’incident (mauvaise levée, conditions climatiques défavorables...). Le lin doit pousser suffisamment pour avoir un rendement satisfaisant, mais pas trop sinon il est trop fin.
Le lin est une des rares fibres textiles végétales européennes.

Les Territoires du Lin

Les lins textiles sont cultivés sous des climats tempérés et humides. En Europe, ils sont localisés sur le littoral de la Baltique, de la mer du Nord et de la Manche.
En France, ils se trouvent surtout :

  • Dans la région du Nord, principalement dans le Pas-de-Calais et les Flandres ;
  • En Normandie, dans les départements de Seine-Maritime, Eure et Calvados ;
  • En Picardie, dans la Somme et dans l’Oise ;
  • Au Nord de l’Ile de France, notamment en Seine-et-Marne.

La France est le premier producteur européen et mondial en terme de tonnage avec une forte productivité.

Une culture de lin est susceptible d’évaporer, durant ses 100 ou 120 jours de végétation, une quantité d’eau correspondant à une chute de pluie de 700 mm. Il lui faut donc des terres arrosées, profondes, à de bonnes réserves hydriques. Ces terres ne doivent pas être trop sablonneuses, toutefois, elles ne doivent pas être trop argileuses, car la levée serait alors difficile. Les sols silico-argileux de consistance moyenne, les terres fraîches pourvues en humus, profondes et perméables, donnent des filasses abondantes et de qualité.

1- LE SEMIS

Les 100 jours du lin, mars-avril.

Semé au Printemps, entre le 15 mars et le 15 avril, le lin met 100 jours à lever : elle atteint une hauteur allant jusqu’environ 1,20m sur laquelle se répartissent 80 à 100 feuilles.
Le lin textile ayant un cycle court, il est particulièrement sensible aux conditions de climat et de sol.
Un climat doux et humide avec plus de 700 mm de précipitations (bien répartis sur l’ensemble du cycle végétatif) est idéal.

Les liniculteurs craignent le phénomène de « verse » par temps d’orage car plus il grandit, plus il devient sensible. Parfois, pour limiter la croissance et favoriser la solidité des fibres, sont utilisés des produits chimiques appelés « régulateurs ». La verse est le phénomène le plus préjudiciable pour la production et la qualité des fibres.
3 facteurs majeurs peuvent être à l’origine de la verse :

  • Excès d’eau ;
  • Alimentation azotée excessive ;
  • Faible peuplement. Cependant, il existe des moyens de lutte préventive (choix de la variété optimisation du peuplement, raisonnement de la fertilisation azotée) et chimique (régulateur de croissance).

Le lin peut développer des racines à plus de 1,5 mètre de profondeur lorsque le sol le permet.

Concernant les exigences de sol, le lin est plus tolérant. L’optimum en terme de rendement potentiel est un limon profond et fertile ayant un pH légèrement acide et étant bien structuré.
Les besoins en azote de la fibre de lin sont faibles. Le lin valorise avec efficacité la minéralisation et plus de la moitié de ses besoins est fournie par le sol. Il est indispensable de tenir compte de la nature et des réserves du sol, d’autant plus que le lin textile est très sensible à la verse par excès d’azote.
Concernant la potasse et le phosphore, ces éléments sont en grande partie restitués au cours du rouissage.
Le lin est une des cultures qui utilise le moins de produits phytosanitaires. En moyenne, il reçoit trois traitements, principalement herbicides. Le coton en reçoit dix fois plus !
Afin d’éviter tout risque d’épuisement des sols et de prolifération de maladies, le lin textile est implanté tous les 6 à 7 ans.

Il existe 5 stades essentiels du développement du lin textile : la levée, le stade 2-3 cm (début de la phase de croissance), le stade 10-15 cm (mi-croissance), la floraison et la maturité.

2- LA FLORAISON

Juin
La durée de vie d’une fleur n’est que de quelques heures : elle s’épanouit le matin et fane vers midi. Mais toutes les fleurs d’un même champ n’éclosent pas le même jour, d’où des paysages mouvants pendant plusieurs semaines d’une délicate couleur bleutée, comme une mer impressionniste au gré du vent !
La floraison intervient autour du 15 juin, les champs se parent alors d’une subtile couleur bleue pendant à peu près une semaine.
Les fibres ont alors atteint leur longueur maximale.
Les capsules contenant les graines vont se former au cours des 15 jours suivant la floraison.

3- L’ARRACHAGE

Juillet
La maturité de la récolte se situe environ 5 semaines après la floraison. Elle se caractérise par un jaunissement complet de la tige, une chute des feuilles sur le tiers inférieur, un léger brunissement de quelques capsules, les autres restant jaunes.
On ne fauche pas le lin, on l’arrache ! Un arrachage qui commence lorsque les tiges sont défoliées sur le tiers de leur longueur depuis le sol. Elles sont ensuite déposées au sol en andains (nappe de lin d’une largeur de 1 m), comme placées en une symétrie qui donne aux champs une beauté graphique. A noter que l’épaisseur des andains doit être aussi faible et aussi régulière que possible pour éviter la formation de surépaisseurs difficiles à rouir. Les capsules, contenant chacune 2 graines qui produisent une huile de qualité, prennent alors une couleur brun-jaune.

4- LE ROUISSAGE

Août
Première phase naturelle de transformation de la plante en fibre, c’est l’alternance de pluie et de soleil qui permet au lin de rouir. Grâce à l’action des micro-organismes et des bactéries présents sur le sol, le rouissage (de juillet à septembre) élimine la pectose qui soude les fibres textiles à la partie ligneuse de la plante.
Le rouissage est la dissociation des parties fibreuses de la plante en éliminant la pectose qui soude les fibres à la partie ligneuse sous l’action enzymatique des microorganismes du sol.
L’objectif de cette dégradation est de faciliter l’extraction des fibres.
Cette étape peut durer de 2 semaines à 3 mois en fonctions des conditions climatiques et des exigences industrielles.
Tributaire de la météorologie, le liniculteur doit être particulièrement vigilant pour amener à bien sa récolte avec la meilleure qualité. Si le lin est trop roui c’est à dire grillé plutôt que séché, il est brûlé dans le champ (obligatoire, car les fibres pourrissant difficilement et donc lentement, favorisent des maladies pour la culture suivante). Si le lin n’est pas assez roui, il est non teillable et donc invendable.
Pendant le rouissage, les liniculteurs vont alors retourner les pailles pour obtenir un résultat homogène : étape de retournage.
Également réalisée pendant le rouissage, l’opération d’écapsulage permet de récolter les graines pour la production de semences. Les écapsuleuses-batteuses vont reprendre les andains afin de récupérer les graines de lins. Après avoir été triées et traitées, ces graines serviront de semences pour l’année suivante ou exploitées (huile, aliment...).
A la fin du rouissage, lorsque les pailles sont suffisamment sèches, elles vont êtres enroulées puis elles seront stockées à l’abri avant leur passage au teillage pour séparer mécaniquement le bois (anas) de la fibre.
Afin de réunir de bonnes conditions de conservation, le taux d’humidité doit être inférieur à 15%. Si l’ensemble de ces conditions sont réunies, la paille de lin textile peut être pressée en balles rondes ou rectangulaires.

5- LE TEILLAGE

Les fibres du lin sont contenues dans l’enveloppe externe de la tige, communément appelée « paille ». Pour pouvoir les exploiter, il est nécessaire de les extraire et de les débarrasser du bois présent au centre de la tige, valorisé sous forme de paillettes de bois pour le jardinage, les litières animales, l’aggloméré …). Seconde phase de transformation de la plante en fibre, le teillage s’effectue après le ramassage. Processus mécanique, ses étapes successives sont l’égrenage, l’étirage, le broyage et le battage. Les fibres obtenues se classent en deux catégories : fibre longue (le long brin ou filasse) et fibre courte (les étoupes).
Le teillage est le terme désignant l’opération de première transformation industrielle de la paille rouie de lin. Le teillage est la séparation des fibres du bois de la plante.
Il s’agit d’une extraction mécanique des fibres réalisées par battage de la matière (étape de décortication) puis séparation des différents produits obtenus.
Le teillage est la séparation des fibres du bois de la plante. Le mot vient de tilleul, le Teil, instrument manuel à levier utilisé pour briser le bois et extraire les fibres.
Lors du teillage, les graines de lin sont récupérées, puis la tige est battue pour enlever le bois. Les morceaux de bois récupérés sont appelés les « anas ».
Les fibres de lin contenues dans les tiges doivent pouvoir être extraites sans être emmêlées. Au contraire, elles doivent être constamment ajustées, égalisées, ordonnées, lissées. L’extraction des fibres doit être effectuée avec une grande précision de mouvements combinés.
Après la récolte les pailles de lin sont travaillées tout au long de l’année dans les usines de teillage. Cette première transformation de la paille a pour but d’extraire les fibres des tiges rouies.
Arrivées à l’usine, les pailles sont déroulées et étalées sous forme d’une nappe. Le travail de l’opérateur est très important pour obtenir une nappe bien régulière, dont la densité est d’environ 2 kg par mètre linéaire. Les tiges passent dans un égaliseur pour être parallélisées.
Lors de l’étirage, l’épaisseur de la nappe diminue progressivement en passant entre une série de disques dentés. Durant cette phase, sa vitesse linéaire est multipliée par 8 par le diviseur.
Les pailles sont ensuite broyées par des cylindres cannelés, à grosses dentures au début puis à fines dentures par la suite. Elles passent sous la cannelure des rouleaux avec un angle proche de 90° pour rendre le broyage plus efficace. Cette opération se fait alternativement coté pied, le bas de la tige, et coté tête, le haut de la tige.
Les fragments de pailles, appelés anas, sont récupérés par aspiration. Lors de l’écangage, les fibres sont nettoyées par des tambours, munis de lames de faible épaisseur. Elles frottent les tiges à une vitesse proche de 200 tours/min. Cette vitesse est adaptée en fonction des caractéristiques de chaque lot de paille. L’opération est effectuée successivement côté pied et côté tête.
Les fibres courtes ou étoupes, moins résistantes, sont récupérées par aspiration sous la teilleuse.
En bout de ligne, les opérateurs font un tri afin d’homogénéiser les lots. Le lin teillé ou fibres longues est conditionné en balles ou en rouleaux d’environ 100 kg.
Ces fibres longues représentent 15 à 25 % de la plante.
Un hectare de lin produit en moyenne entre 1 200 et 1 400 kg de lin teillé.
Les anas et les étoupes sont ensuite séparés par un secoueur.
Cette opération constitue l’une des particularités majeures de la production du lin.
Les étapes suivantes sont dédiées au secteur du textile. D’autres débouchés peuvent intervenir après l’étapes de teillage (industries automobile, aéronautique, construction, etc.).

6- LE PEIGNAGE

Première des opérations de filature, le peignage est de plus en plus réalisé par les teilleurs. La fibre est parallélisée, calibrée et étirée sous forme de rubans doux et lustrés prêts à être filés.

7- LA FILATURE

La filature comprend différentes opérations qui permettent de transformer les fibres en fil. Régularisé et étiré, le ruban devient mèche et est ensuite filé en appliquant une torsion. Les techniques varient selon le type de fil à produire : la filature « au mouillé » avec immersion dans une eau chauffée à 60°C. Un trempage qui facilite le glissement des fibres et permet de réaliser des fils fins (habillement, linge de maison …). La filature « au sec » pour des fils plus rustiques et plus épais (décoration, cordes …).

8- LE TISSAGE

Savoir-faire, innovation, luxe : les plus beaux tissus de lin sont produits en Europe, et le matériel de tissage a fait es l’objet de progrès ininterrompus. Si le principe reste le même : insérer le fil de rame entre deux nappes formées par les fils de chaîne, les dispositifs de commande et les modes d’insertion de la trame bénéficient aujourd’hui de nombreux perfectionnements, faisant appel aux techniques de pinte. Des tissus qui se déclinent en sergé, chevron, Prince de Galles, double tissage, velours, gaze, satin…

9- LE TRICOTAGE

Face à l’incontournable tissu en chaîne et trame, la maille de lin vit sa révolution. Pur lin ou en mélanges, après plusieurs années d’investissements en R&D, les filateurs européens ont réussi à améliorer le titrage des fils et à faciliter le tricotage pour donner naissance à une nouvelle génération de fils extra fins, réguliers et particulièrement lisses. L’objectif : réaliser des mailles de lin, sensuelles et caressantes, souples et élastiques.

10- L’ENNOBLISSEMENT

Ultime étape de traitement des tissus, l’ennoblissement regroupe les traitements destinés à modifier l’aspect des fils ou des tissus de lin et leur conférer les valeurs recherchées par les consommateurs en termes de confort, d’esthétique, de fonctionnalité. Quatre catégories s’y distinguent : le blanchiment, la teinture, l’impression et les apprêts.